2 Mois et Demi en Arménie!

Nouny Benchimol
(Montpellier, France)

Ce voyage de la découverte de soi a commencé par mes pleurs et ceux de ma mère sur le quai de la gare, à Montpellier. 2 mois et demi, loin de ma famille et sans la France, je pensais que ça allait être long et difficile. Pour moi, c’était comme un défi dans un pays qui me tenait certes très à cœur de par mes origines mais qui restait inconnu de par sa culture et sa langue…
L’arrivée, enfin…

J’atterris à l’aéroport de Yerevan à 4h du matin. Je souris en m’apercevant que tout le monde parle arménien. Beaucoup d’arméniens attendent des personnes de leur famille un beau bouquet de fleurs à la main. Enfin mon aventure commence ! Direction la famille hôte de Gayane.

Yerevan…

A Yerevan, je fais la connaissance de volontaires et je rencontre Sevan, Nairi et Sharistan de Birthright Armenia et Armenian Volunteer Corps (AVC). Mon portable français ne marche pas en Arménie, je pars donc en quête d’après les indications de Sevan, carte de la ville en main. Une demie heure après être rentrée dans le magasin Nokia, je ressors toute fière avec un portable neuf et la joie de voir que j’arrive à me faire comprendre, même sans parler un mot d’arménien.

Gyumri…

J’arrive à Gyumri, il pleut. Je fais un tour de la ville avec Shogher (qui s’occupe des volontaires de Gyumri) et d’autres nouveaux volontaires. C’est ici que je vais vivre plus de deux mois. Ces rues inconnues, je vais les connaître par cœur. Je vais les aimer. Ces volontaires des pays du monde entier, je vais apprendre à les connaître et je vais partager des moments inoubliables avec eux. Le début est un peu difficile, mon anglais (langue souvent parlée entre volontaires, car une partie ne parle pas arménien) est moyen et mon arménien niveau 0 mais l’accueil est très chaleureux. Je pressens déjà que Birthright, c’est une grande famille.

Ma famille hôte à Gyumri, les Hambardzumyan…

Ma famille est composée des deux parents, de la fille Gayane, du fils Yervant et de sa femme Susana. Dès les premiers instants, je me sens bien chez eux. Une grande joie pour moi quand je découvre que trois d’entre eux parlent anglais…
Tous les matins, Hasmik (la mère) se lève pour préparer mon thé du petit déjeuner. Je découvre le Madzoun (sorte de yaourt), le Smeta (ressemble au madzoun mais possède plus de matières grasses), le bon goût du pain arménien et les fabuleux dolmas. A chaque fois que les Hambardzumyan m’annoncent : « Ce soir, il y a des dolmas ! », mes yeux s’illuminent. Les dolmas, c’est le bonheur.
Avec le temps, je deviens de plus en plus proche de Susana. On parle de ses problèmes, de ses envies. De mes envies, de mes problèmes. Et même de mes amours ! On aborde aussi d’autres sujets plus généraux tout en lavant et en essuyant la vaisselle. Elle rigole en voyant à quel point j’aime le nutella et les herbes appelées « petrouchka » en russe. A tel point qu’elle me donne un surnom : « Petrouchka Nutella ». Susana est aux petits soins le jour où je suis malade : elle me prépare plusieurs fois du thé à la menthe, passe souvent me voir dans ma chambre pour voir comment je vais et prend ma température. Ah que c’est bon d’être malade parfois !

Les marchoutkas (ou mini-bus où on est souvent debout !)

Ah les marchoutkas ! Une grande et durable histoire d’amour entre eux et moi ! Pour seulement 100 drams (soit environ 20 centimes d’€), on a droit à un voyage plein de péripéties. Pendant deux mois et demi, j’ai pu observer toutes les habitudes des arméniens à bord, toujours avec délices.

Habitude n°1 : Les personnes assises laissent souvent une petite place aux personnes debout et courbées accompagné d’un « Nastir ! » (« Assieds-toi ! »). On s’assoit alors avec reconnaissance.

Habitude n°2 : Dans le cas où l’habitude n°1 n’est pas observée, les femmes assises prennent et gardent les sacs à mains des femmes debout, pour la durée du trajet. Et là aussi c’est très agréable !
Habitude n°3 : Il y a toujours quelqu’un pour laisser la place aux plus âgés.
Habitude n°4 : Les femmes ne s’assoient généralement pas à l’avant, aux places à côté du conducteur. Mais bien sûr, il y a toujours des exceptions !
Les marchoutkas me manquent. Certes ce n’était pas confortable. Certes ça faisait mal au dos. Mais c’était l’Arménie et c’était amusant et joyeux.

Vardan et Lala, mes fabuleux collègues de travail à Gyumri…

Shogher m’accompagne pour mon premier jour de travail. Je rencontre Vardan et Lala. Ils ne parlent pas un mot d’anglais. Je ne parle pas un mot d’arménien. Je me fais la réflexion : « Purée, comment je vais pouvoir travailler pendant deux mois et demi sans pouvoir comprendre ?! ». Je suis sous le choc et un peu déprimée. Mais je me rappelle des paroles de Sevan : « Vole comme un oiseau entre les obstacles ». Déjà je positive en pensant que je ne suis pas la seule à qui ça a dû arriver… Ok Sevan, je vais tâcher de voler.
Petit à petit, je m’améliore en arménien (entre autres grâce aux cours deux fois par semaine), Vardan et Lala font tout pour que je me sente bien. C’est adorable de leur part. On part souvent visiter et conseiller des fermes possédant des vaches laitières autour de Gyumri. On va à Yerevan plusieurs fois pour apporter des échantillons de sang d’animaux au laboratoire pour que des tests soient faits (notamment de brucellose).
Vardan m’invite dans sa maison à Hazatan et je rencontre sa famille : ses filles Tamara et Galiné, son fils Garo. Très vite, je m’attache à eux. J’ai l’impression de faire partir de leur famille : ils m’invitent aux 15 ans de Tamara, je visite Etchmiatzine avec eux, je joue au ballon avec les enfants, je mange des graines de tournesol avec eux…
La veille de mon départ pour Yerevan puis la France, Vardan et Lala s’obstinent à m’acheter des tonnes de cadeaux pour toute la famille : ce cognac pour ton grand-père arménien, ce souvenir d’Arménie pour ta mère, ce collier pour ta sœur… Ce sont des personnes formidables. Ils ont à la fois cette grande pudeur et cette chaleur arméniennes. Je réalise alors à quel point ils vont me manquer. Voilà, ça y est. Je suis nostalgique avant même d’avoir quitté l’Arménie. Je ne pourrais jamais assez les remercier. A leurs côtés, j’étais chez moi.
Lorsqu’il est temps de partir, Vardan me dit : « Tu peux venir vivre ici à la maison. On a tout ce qui faut et les enfants seraient très contents. Nouny jan, tu es comme ma fille ». Non Nouny ne pleure pas, contrôle-toi, ne pleure pas…

Les tomates, concombres et chewing-gums à la pastèque…

En entrant dans un magasin SAS de Yerevan, je suis surprise de voir qu’au rayon légumes, il y a essentiellement des tomates et des concombres. Je comprends pourquoi peu de temps après : les concombres (varoung en arménien) et les tomates (lolik) en été, c’est comme le pain pour les français : on en mange à tous les repas ! Et il faut dire qu’avec cette chaleur, c’est plutôt agréable. En Arménie, tous les fruits et légumes sont délicieux.
C’est en Hayastan que j’ai découvert les chewing-gums à la pastèque. Je suis maintenant accro. En France, ce parfum n’est pas connu !

Tata Simonian…

La chanson entraînante « Tesel em » (« J’ai vu ») de Tata a les couleurs des rues et du marché de Gyumri…

Les cours d’arménien à Gyumri…

Les Hambardzumyan, la famille dans laquelle j’ai vécu, habitent à cinq minutes de l’orphelinat où Anahite et Arpiné nous donnent les cours d’arméniens. C’est toujours une joie pour moi d’apprendre de nouveaux mots et de les apprendre avec mes amis de la diaspora. D’autant plus qu’Anahite nous offre systématiquement des bonbons Grand Candy (fabriqués en Arménie) et que parfois Hovan m’attend à la sortie avec un beau bouquet de fleurs et un pot de Nutella.

Le 11 juillet 2010, «Vartavar» ou comment être trempée comme une soupe en moins de 10 secondes…

Ce dimanche fut exceptionnel et il restera gravé dans ma mémoire. Une journée où j’ai beaucoup ri. C’est un jour chaud. Hovan (volontaire à Birthright Armenia et arménien de Jordanie) m’appelle : « It’s crazy today ! I am trempé comme une soupe, everybody is throwing water on me from everywhere!!!! » J’hésite donc à sortir non accompagnée. Finalement, Hovan vient me chercher et on part en direction de l’immeuble où il habite à Gyumri, le plus discrètement possible de peur de se recevoir de l’eau. Notre tentative de ne pas se faire repérer a échoué : devant son immeuble, des tas d’enfants nous bombardent d’eau glacée. Ça y est, je suis trempée ! Mais qu’est-ce que ça rafraîchit !
Les enfants mouillent par mégarde un homme âgé marchant tranquillement dans la rue. Il est un peu hargneux dans un premier temps puis éclate de rire. Et oui Vartavar, c’est ça : le but du jeu est de mouiller tout le monde, petits comme grands ! Personne n’y échappe.
La journée continue, on se jette des seaux d’eau avec la famille hôte d’Hovan. Le couloir de l’immeuble ressemble à une vraie piscine ! Ils me prennent pour cible prioritaire et mettent en place des ruses : le père me poursuit avec de l’eau, je cours vers l’appartement pour me cacher, ouvre la porte mais voilà, je me reçois un seau d’eau encore plus gros : la mère m’attendait patiemment derrière la porte !

Le centre KASA et Siranouche…

KASA (Komitas Action Suisse-Arménie) réalise des projets humanitaires, culturels, éducatifs, de construction et d’équipement en Arménie. Dans ce centre, j’ai donné des cours de français à des arméniens avec Siranouche, arménienne de Gyumri parfaitement francophone.
Un soir, je suis invitée par la mère de Siranouche à manger des dolmas (hummm des dolmas !!!). Nous avons une discussion sur le tremblement de terre de 1988 et sur les terribles conséquences dans la vie des arméniens touchés. Et oui, c’est aussi ça la réalité de l’Arménie. Elle a traversé des épreuves terribles qu’elle n’est pas prête d’oublier. C’est aussi ça qui fait sa force.

Le mariage… C’est pour quand ??

Une question qu’on a dû me poser une centaine de fois en Arménie : « Du amusnatsats’ es ? » (Es-tu mariée ?) Une collègue de travail de Vardan a même tout organisé pour que je rencontre son fils Hrach : « Mon fils est beau, intelligent et en plus de ça il parle anglais ! Viens à la maison, je te ferai des dolmas (elle savait comment m’attirer !) et tu discuteras avec mon fils ».

La traite à Marmachen…

Je suis à Marmachen (village tout près de Gyumri) avec Lala et sa mère et ce soir, je vais traire une vache arménienne à la main pour la première fois de ma vie ! J’ai hâte. J’en suis toute excitée. Les vaches rentrent du champ où elles ont passé la journée, on les attache dans l’étable sombre et la « fermière » me montre comment m’y prendre. Tiens, ça a pas l’air trop dur… il faut juste bien tenir le seau entre les jambes et ne pas faire gicler le lait n’importe où. Je m’y mets. Ouf c’est plus difficile que ça en a l’air ! Sans machine, je n’ai pas l’habitude. D’autant plus que la vache que je suis en train de traire me regarde d’un œil noir… J’aurais bien voulu lui parler en arménien pour la décontracter un peu mais avec mon accent français et le peu de conversation que j’ai, je pense que ça aurait été pire… !
La visite de la « Black Ox farm » ou ferme moderne…

Je visite cette ferme avec Gevorg, jeune vétérinaire de l’association SDA (Strategic Development Agency). Cette ferme fait partie des fermes les plus avancées en Arménie : la traite se fait avec des machines, les abris des animaux sont modernes et adaptés et, pour la reproduction, seule l’insémination artificielle est pratiquée (pas de saillie naturelle). Oh il y a même des vaches Holstein !
M. Ghazarian nous invite à goûter son Smeta qu’il vend en grande partie à des restaurants de Yerevan. Hum c’est délicieux ! Dans le salon, je remarque avec étonnement que la télé montre des plans filmés par des caméras accrochées un peu partout dans les locaux de la ferme. Je demande : « A quoi servent ces caméras ? C’est pour surveiller les vaches au cas où elles tenteraient une évasion ?! » (blague ratée de ma part). Lui : « Non c’est pour voir si les employés travaillent !! »

Arman, Levon et Idjevan…

Arman et Levon sont deux vétérinaires de CARD (Center for Agribusiness and Rural Development) avec qui j’ai travaillé pendant mes deux mois et demi en Arménie. Nous avons visité des dizaines de fermes ensemble dans des dizaines de villages et dans différentes régions d’Arménie.
Pendant quelques jours, nous sommes restés à Tavush dans un hôtel proche d’Idjevan. Le soir, après le travail et après avoir acheté au marché de la ville une fleur entière de tournesol pour en manger les graines, direction une rivière proche. Je trempe mes pieds dans l’eau. Brrrrr c’est glacé ! Les garçons, eux, se mettent en caleçon et plongent. Je les observe nager et s’amuser comme des enfants de mon rocher au milieu de l’eau et je ne peux m’empêcher de sourire et d’être heureuse. En cet instant précis, je suis comblée. Ça doit être ça le bonheur.
Les danses arméniennes…

Ça a toujours été une joie pour moi de danser avec les arméniens ces danses belles et gracieuses. D’après ma mère, mon arrière-grand-mère d’Erzurum dansait comme ça, les bras en l’air… J’aurais tellement aimé la voir et la connaître.

Le départ, déjà…

Je suis à Yerevan dans la famille de Susana. Le dernier soir, on s’assoit sur la terrasse et on mange des graines de tournesol. Je remarque avec satisfaction que mon niveau en rapidité d’ouverture des graines s’est amélioré depuis le début du voyage : ça y est je deviens une vraie arménienne ! Pendant que Susana me fait un collier en souvenir, je suis déjà nostalgique en repensant à tout ce que j’ai vécu et appris ici. A toutes les personnes que j’ai appréciées, aimées et avec qui j’ai partagé d’inoubliables moments. Non je ne veux pas partir. Je sais déjà à ce moment là que le retour et la réadaptation en France vont être terribles…
A 4h00 du matin, direction l’aéroport. En quittant les bras d’Hovan, mon cœur se serre. Voilà. Ça y est. C’est fini.
Après avoir vécu deux mois et demi en Arménie, j’ai remarqué de grandes ressemblances dans la façon d’être et de vivre entre les familles arméniennes et ma famille. Je pensais baigner totalement dans la culture française. Je me trompais.
Cet été, mes parents sont aussi allés en Arménie pour la première fois. En France, à leur retour, alors que ma mère déballe les cadeaux achetés pour toute la famille, j’aperçois trois paires de chaussons de bébés colorés et faits à la main. Je demande : « Maman, mais pourquoi t’as acheté des chaussons ?? Ya pas de bébé à la maison ! » Réponse de ma mère : « Je les ai achetés pour tes futurs bébés et les futurs bébés de ton frère et de ta sœur ! »
Ah ma petite maman ! Maintenant je vois très bien le côté arménien en toi. Tu ne le soupçonnais pas et moi non plus mais l’Arménie est toujours en nous. Les traditions et la culture peuvent s’effacer, le fond arménien demeure, même avec le temps et les générations.
Ce voyage a été une révélation pour moi. A journey of self-discovery… Il va changer ma vie et les décisions futures que je serai amenée à prendre. Sevan, comme tu m’as si bien dit : « L’après-Arménie est le commencement et non la fin ». Et tu as parfaitement raison.

Merci…

Merci à tous mes amis de la diaspora et à tous mes amis arméniens :
Hovan, Nathan, Shake, Jackie, Tatjana, Alex, Anoush, Rebecca, Noushig, Kristene, Selin, Shant, Fernando, Zach, Yervant, Amaras, Taleen, Sanan, Nora, Lori, Corinna, Vana, Pauline, Zaruhi, Harut, Vahan, Armen, Arpine, Vardan, Lala, Siranouche, Tamara, Galine, Garo, Arman, Levon, Gevorg, Axel, Artur, Susana, Gayane, Yervant, Hasmik, Serjik, Anahit, Gohar…

Vous avez rendu mon temps en Arménie formidable et j’espère vous revoir très vite, en Arménie ou ailleurs.

Et bien sûr : Un grand grand grand merci à Sevan, Shari, Nairi et Shogher pour m’avoir permis de vivre tout ce que j’ai vécu. Merci de travailler si dur pour nous.

 

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