Cela ne sera jamais suffisant

1Anahit Bagramyan
(Canada, AVC ’12)

Si, après 3 mois, vous avez l’impression qu’il ne vous manque que 2-3 petits jours pour que tout soit parfait, détrompez-vous : cela ne sera jamais suffisant. Comme un enfant qui supplie : « 5 minutes de plus », ne réalisant pas son état de fatigue, de faim ou de propreté, une partie de vous ne veut pas partir. Il y a tant de choses que je n’ai pas eu le temps de faire en Arménie me promener à Manument, monter au sommet d’Ararat, retourner à Tsiternakabert, revoir une fois de plus les gens qui ont rempli mon été de beaux moments, tendres, drôles, touchants.

Les souvenirs de ce que j’ai eu le temps de faire sont encore frais, même après 6 mois : l’incroyable nature de Kharabar, les forêts d’Ijevan, les églises, les repas partagés avec les aînés qui ont vécu la guerre, les étoiles de Noemberian, vartavar à Tavouch et évidemment toutes les anecdotes qu’y suivent. Je m’égare avec plaisir….

Contrairement à la majorité des participants de Birthright Armenia, je n’en étais pas à ma première visite au pays : je parlais la langue et j’avais de la famille à Yerevan. Étant restée connectée avec le pays, j’ai atterri en Arménie avec des idées, des attentes mais surtout des déceptions préconçues. Finalement, cette expérience s’est révélée très différente de toutes celles que j’avais faites auparavant.

Je ne sais pas comment vous décrire en quelques lignes ce j’ai vécu. J’ai vu une éthique de travail dysfonctionnelle, beaucoup de potentiel gaspillé pour différentes raisons, de l’injustice, mais également des changements phénoménaux, du travail acharné et une jeunesse pleine de promesse. J’ai probablement ressenti toute la gamme d’émotions possibles, tant les bons que les moins bons. Mes pensées vont à l’école des enfants déficients, au groupe d’adolescents sourds que j’ai eu la chance de côtoyer, à l’équipe de psychologues de la clinique privé, aux gens que j’ai rencontrés grâce à Birthright Armenia et AVC

Si j’ai touché la vie de certaines personnes, des amis, collègues, supérieurs, enfants et chacun d’eux a contribué à façonner un nouveau moi, plus mature, plus conscient, plus ouvert, plus présent. Un grand merci à la famille de Birthright Armenia et d’AVC qui vous adopte dès votre arrivée, un style de parrainage démocratique ceci étant dit!

J’ai enfin compris certaines choses sur lesquelles je m’interrogeais, et comprendre aide à ne plus juger, mais amène à s’ouvrir aux solutions, car tout n’est pas noir, ni même gris. L’Arménie est un pays de toutes les couleurs. Et si certains choses me fâches ce n’est pas pacque je vie ou pense comme une canadienne. C’est parce que j’aime ce pays du fond du cœur et je ne lui souhaite rien de moins que le meilleur. Je compte faire mon possible pour contribuer dans les changements à venir.

2Le conseil de Sevan résonne encore entre mes deux oreilles. « Birthright est une belle opportunité. Maintenant, ce que tu fais avec est une tout autre question. Tu peux prendre ce qui t’est donné de base, ce qui est sans exagération, excellent, mais tu peux faire encore mieux, utiliser tes forces et tes faiblesses pour que ça devienne un tremplin. »

Toutes les décisions que vous allez prendre, une fois atterris ici, sont les vôtres, c’est effrayant, c’est différent, mais je vous assure : c’est excellent pour la santé.

Մինչ նոր հանդիպում
Anahit

La liberté cachée dans les montagnes

Marie Khatchikian
(France)

“Mon expérience adébuté le 2 mai 2012 et s’achèvera dans 9 jours, le 27 aout, tic tac tic tac… le temps passe trop vite. 4 mois intenses en Arménie où je me suis rapprochée de plus près de mes origines, de la culture du pays et des gens avec en mémoire de magnifiques rencontres que je n’oublierai jamais.

Grâce a Birthright Armenia j’ai pu enrichir mes connaissances sur l’Arménie par le biais des forums et des havaks. Aussi, j’ai énormément apprécié les cours d’arménien proposés, qui étaient pour moi comme un cadeau, puisqu’en France j’ai longtemps cherché, sans résultat…
Birthright Armenia c’était l’occasion pour moi de pouvoir travailler en Arménie, me sentir indépendante, me fondre dans la masse, me sentir… Arménienne.

Dans mon travail, j’ai aimé le contact avec la population locale, avec laquelle je me sens proche. Je me suis découverte une mentalité Arménienne et je comprends maintenant pourquoi parfois je me sens différente en France avec mes amies.

On m’a dit ” tu as les yeux Arméniens, le coeur Arménien, la mentalité Arménienne, c’est une question de gene, c’est dans ton sang…”

Oui c’est dans mon sang et c’est aussi mon destin, je n’y suis pour rien. J’intrigue… pourquoi une française de mère française et père arménien, n’ayant jamais grandi dans la culture arménienne, ressent tant de chose pour l’Arménie… je ne sais pas, Adsvadz kidé…

Je crois aussi que c’est ça le but de ce voyage avec Birthright Armenia, on apprend sur soi-même.

Durant mon volontariat, j’ai vécu en famille d’accueil. Expérience formidable qui est un facteur de réussite de mon expérience globale. J’étais comme chez moi, un membre de la famille, ma mère d’accueil a vite été une amie, comme une soeur à qui je me confiais, avec qui je parlais de tout, sans tabou. Une famille qui m’a donné de l’amour, des rires, de la chaleur… Ce cocktail de bonne humeur m’a permis de ne pas souffrir de la distance avec mes proches.

Après mon volontariat, j’ai décidé de rester 1 mois en Arménie et de louer un appartement. J’ai continué de mon coté mes cours d’Arménien et la conquête du pays.

Mais le plus marquant pour moi, aura été mes excursions avec un ami local, rencontré sur un de mes lieux de travail et avec qui je me suis trouvée 1001 ressemblances : nous dormions dans la nature, au levé du jour, je montais sur mon cheval et je partais en exploration, au sommet des montagnes… Là bas, j’y ai fait une trouvaille extraordianaire : LA LIBERTE.

C’est le mot de ce voyage, ce qui résume ce que j’ai ressenti ici, et ce qui fait que aujourd’hui je voudrais revenir, plus longtemps, pour encore et toujours ressentir ce sentiment d’être libre, que le temps ne compte pas, il n’y a pas d’heure dans les montagnes, le levé et le couché du soleil rythment les journées, pas de chemin à suivre, nous allons où nous voulons, la où Dieu nous guide…

La liberté, c’est un trésor caché dans les montagnes, que tu m’as permis de toucher, merci à toi mon ami…

Merci au staff de la Birthright Armenia et à Sevan”

Les Couleurs Sublimes de l’Artsakh

Marie Khatchikian
(France)Image

Me voila revenue de 5 jours intances avec l’organisme “Janapar” afin de baliser des chemins de randonnees dans les montagnes d’Artsakh.

1er jour, j’ai decouvert les montagnes de Shushi. Grandiose ! Un panorama exceptionnel, a la fois sec et d’un vert claire superbe. Parfois il m’arrivait de marcher seule, la tete dans mes pensees : des pensees qui allaient tout droit vers ma famille. J’imaiginais la vie qu’avait pu avoir mon arriere grand mere avant qu’elle quitte le pays lors du genocide. Je pensais a ma grand mere, qui est en France et qui a la maladie d’alzheimer et avec qui je ne pourrai pas partager ces souvenirs…

Un premier jour ou je me suis ressourcee, puisqu’en Armenie ou a Artaskh, je me sens chez moi.

2eme jour, le planning un peu perturbe, nous avons fait une grosse balade avec Raffi, qui est a la tete de ce projet, accompagne de sa femme Tina. L’ambiance etait au rendez-vous, nous formions une bonne equipe avec Varak, un volontaire de la Birthright Armenia et Azqanaz qui fait parti du staff de la Birthright Armenia.

3eme et dernier jour de hiking, nous nous sommes enfonces dans les forets d’Artsakh avec 2 guides pour nous accompagner  ainsi que “Arach”, notre cheval vaillant, qui nous aidait lorsque nous etions fatigues. Le paysage est a couper le souffle. Plus humide que le 1er jour, des couleurs sublimes…

Nous etions seul, dans cette etendue de verdure. 8h de marche au total pour se render au sommet, ca vaut le detour ! Une fois la haut, nous nous sommes retrouves nez-a-nez avec “Kachaghakaberd”. Cette forteresse constuite sur un bout de montagne, comme detachee  des autres, habritait autrefois des guerriers.

Maintenant, je suis de retour a Yerevan, assez nostalgique, je me trouvais bien dans ce petit bout du monde. Merci a Raffi et Tina pour leur gentillesse et ces decouvertes extraordinaire.

Un jour dans la lumière

Achod Papasian
(France)

Dans l’obscurité du logis, la lumière du levant forme sur les murs des figures orangées qui flamboient plus fort de seconde en seconde. Bientôt, le soleil surgit des collines boisées de Shushi. Le soleil, mon compagnon, qui allait m’éclairer en cette journée et qui venait d’en lancer le compte-à-rebours !

En ce jour d’aventures, me voilà sur la route, installé de manière ubuesque dans un marchroutka rempli jusqu’au dernier centimètre cube, conduit par un chauffeur sorti tout droit d’une comédie de Kusturica. Armé d’une volumineuse bedaine et d’une casquette en cuir, il déclame ses tirades, adressées à lui-même ou aux passagers, difficile à dire, puisqu’il fait les questions et les réponses. Plusieurs fois, il arrête son véhicule pour attendre la réception d’un précieux paquet à transporter, à la grande exaspération des passagers qui ne sauraient toutefois élever la voix face au colosse. Il se fait ensuite un plaisir d’allumer sa mini-TV et d’inonder le bus de musique « rabbiz », illustrée de clips à l’américaine tournés autour d’une piscine avec tout ce qu’il faut pour s’amuser. Le décalage entre la vidéo et les visages muets des passagers est savoureux.

Après avoir quitté la discothèque ambulante, je me rends à pied en direction du village de Ghshlagh où m’attend la maison-musée de Nikol Duman. En chemin, je discute avec une dame, professeure de mathématiques à l’école du village. Arrivés devant la porte close du musée, elle m’indique où trouver la guide en charge des visites. Le musée présente la vie du fédayin Nikol Duman, figure emblématique du mouvement de libération du XIXème siècle, dans la maison qui l’a vu naître. A travers ses armes, ses uniformes, des cartes détaillées décrivant les combats et des photographies, je m’imagine la vie de ce guerrier, dédiée toute entière à la défense de la terre d’Arménie. Dans la salle suivante sont exposés dans la pénombre les objets traditionnels de la vie quotidienne des villageois : les outils pour moudre le blé, collecter la laine, préparer le pain… Je dois saluer ici le courage de ma guide, qui pour me faire comprendre l’usage de chaque objet a eut recours aux pantomimes les plus farfelues. A l’étage, dans la chambre à coucher, je découvre un véritable trésor, un tapis vieux de 150 ans ! Comme les khatchkars érodés par le temps, la tissure témoigne silencieusement de l’usure des années qui ont passées. Nous nous rendons ensuite à une seconde demeure en réhabilitation grâce au financement d’une arménienne de la diaspora et prochainement dédiée à la vie d’un autre fédayin. Le jardin du musée quant à lui recèle de pièces métalliques à l’abandon que mon père, dans un élan paradjanovien, se serait déjà empressé d’amasser pour composer ses sculptures.

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Force d’attraction

Achod Papazian
(Ile-De-France, France)

S’il y a bien quelque chose d’inexplicable et de passionnant dans cette aventure arménienne que je poursuis, c’est la force d’attraction que le pays, que la terre opère sur moi. Il y a plus d’un an et demi déjà que ma décision s’est prise : Partir. Au départ, ce projet m’est apparu comme une révélation, une fuite pour échapper à la vie que je menais en France et qui m’embarquait doucement mais tranquillement vers la névrose. Partir, mais où ? Et pour quoi faire ? Déjà, le volontariat m’est apparu comme une formidable opportunité de m’oublier et de me mettre au service des autres tout en voyageant. Mais toujours la destination, le véritable objectif faisait défaut. C’est en parcourant une interminable liste de projets classés par pays que mon chemin a croisé celui de l’Arménie. Partir en Arménie. L’idée a germé en moi et est devenue de jour en jour de plus en plus significative, de plus en plus obsessionnelle. Avec l’aide du CIDJ de Paris, je me suis lancé dans l’élaboration de mon projet dans le cadre du Service Volontaire Européen.

Ma mission en Arménie aurait consisté à animer des ateliers de musique, d’art plastique et des cours de français à l’orphelinat Zatik d’Erevan, mais faute d’accords sur les subventions mon projet chéri est tombé à l’eau. Je vous laisse imaginer dans quel état je me trouvais lorsque ce projet dans lequel j’avais placé tout mes espoirs s’est volatilisé. Les mois suivants, je me trouvais dans une sorte de léthargie et d’amertume, ne sachant où me diriger sur cette planète et m’efforçant d’oublier mon idée saugrenue de voyage. Cependant, une force sourde était toujours là, qui m’a poussé à m’inscrire et à participer au Phonéton 2010 – une collecte massive de dons organisé par le Fonds Arménien de France pour venir en aide au développement de l’Arménie et du Karabagh. Dans le centre d’appel, j’étais assis à côté d’une arménienne venue d’Allemagne.  Continue reading